Beatus Martinus

saint Martin
Parement d'autel de Sant Martí de Puigbò-XIIe s.

 

La Scola Metensis est en concert ce dimanche 13 novembre 2016 à 16 heures à Saint-Pierre-aux-Nonnains à Metz, dans le cadre de la saison de Musique ancienne de l'Arsenal, avec son nouveau programme Beatus Martinus : un concert-lecture autour de saint Martin pour le 17e centenaire de sa naissance (316-2016).

 

 

Saint Martin de Tours, héros de notre concert, est un saint personnage extrêmement populaire et vénéré en Europe depuis le haut Moyen Âge.

 

De nombreux édifices religieux lui sont dédiés. Parmi les premiers, la basilique de Tours dont la crypte abrite son tombeau, la collégiale de Candes où il mourut et le monastère de Ligugé qu'il fonda en 361.

 

À la fin du Ve siècle, le pape Symmaque fit construire une basilique Saint-Martin à Rome. Outre les églises, on ne compte plus les localités, villes et villages, portant le nom de Saint-Martin en France et en Europe.

 

 

L'iconographie chrétienne représente très souvent le saint en soldat à cheval, coupant de l'épée son manteau pour en donner la moitié à un pauvre. Le célèbre épisode eut lieu sur la route d'Amiens pendant l'hiver 334. Cette moitié de cape, ou chape de saint Martin, capa sancti Martini, fut vénérée comme relique au cours du VIIe siècle. C'est même l'origine du mot chapelle : reliquaire où l’on gardait la chape du saint. C'est pour elle que Charlemagne fit construire la Chapelle palatine à Aix-la-Chapelle. Elle était aussi portée en bannière lors des batailles.

 

 

Le biographe de saint Martin, l'aquitain Sulpice Sévère († 420), qui fut son disciple et son ami, nous décrit le parcours hors du commun de ce soldat converti, moine évangélisateur, évêque de Tours contre son gré, voyageur infatigable, guérisseur et auteur de nombreux miracles. Sa Vita sancti Martini, ouvrage fort célèbre à l'époque médiévale, écrit entre 396 et 397, sera le fil rouge de notre nouveau programme.

 

Le répertoire liturgique - messe et office - dédié à l'apôtre des Gaules est un corpus immense de plusieurs centaines de pièces, des sources pré-grégoriennes aux compositions du Moyen Âge tardif. Ainsi, de Bénévent, monastère dans les montagnes au-dessus de Naples, ou de Milan, dans la plaine du Pô au nord de l'Italie, de ces traditions liturgiques antérieures à l'élaboration du chant grégorien à Metz (754-850) nous sont parvenus des chants de messe à l'ornementation proprement époustouflante (l'inédite ingressa Stolam iocunditatis) et injustement méconnus de nos jours (transitorium Sancti Martini).

 

 

Bénévent, Bibliothèque capitulaire, ms 40, f° 138v, XIe s.
Bénévent, Bibliothèque capitulaire, ms 40, f° 138v, XIe s.

 

L'office monastique (matines, laudes, vêpres...) se constitue dans le courant du VIIIe siècle. La Vita de Sulpice Sévère inspire les textes des chants (hymnes, antiennes, répons...), avec une insistance particulière sur le transitus, la mort de Martin entouré de ses disciples (répons messins Beatus Martinus, O quantus erat luctus).

 

D'autres compositions font de Martin l'égal des Apôtres (Martine par apostolis), un joyau parmi les prêtres (Gemma sacerdotum), un homme ineffable (O virum ineffabilem), une lumière éclatante (Lux rutilans)...

 

St-Gall, Stiftsbibliothek, ms 381, f° 467, vers 930
St-Gall, Stiftsbibliothek, ms 381, f° 467, vers 930

Vers 880, la monumentale séquence (chant qui suit l'alléluia à la messe) du moine Notker le Bègue († 912), Sacerdotem Christi Martinum, largement diffusée et parmi les plus anciennes du genre, chante les louanges de Martin par tout l'univers, citant la Pannonie (ancienne région de Hongrie) qui l'a vu naître, l'Italie de sa jeunesse, les Trois Gaules, la ville de Tours, les peuples francs et germains, et même la Grèce et l'Égypte ; Notker évoque aussi dans cette mini-biographie chantée avec de grandes envolées mélodiques l'action missionnaire de Martin contre les hérétiques et les idolâtres, ses guérisons et ses miracles.

 

Cette séquence était chantée à la cathédrale de Metz le 11 novembre, jour de la Saint-Martin, comme l'indique son Cérémonial au XIIe siècle.

L'autre « monument » de notre programme est l'imposant alléluia-organum à deux voix Hic Martinus, de l'École Notre-Dame de Paris.

 

La voix du bas, appelée tenor ou teneur, étire en valeurs très longues la mélodie grégorienne de l'alléluia, pendant que la deuxième voix orne chaque syllabe de nombreuses vocalises : d'où le nom d'organum fleuri pour ce type de polyphonie.

 

Au programme également le très bel offertoire Beatus vir qui inventus, que la Scola a enregistré sur son disque Chants des Trois Évêchés. C'est une pièce rarissime, d'un manuscrit d'Echternach, qui trouve dans le Missel de la cathédrale de Verdun sa seule transcription mélodique connue.

 

 

Beatus vir qui inventus

offertoire pour la Saint-Martin du missel de la cathédrale de Verdun XIIIe s.

 

Après la messe et l'office martiniens médiévaux, la troisième partie de notre concert donne à entendre quelques motets de la Renaissance avec chaque fois l'antienne grégorienne qui en donne le texte.

 

On goûtera particulièrement chez Marenzio (1556-1599) les suaves motifs mélodiques ascendants sur palmam martyrii, ou le nom de Martinus fortement scandé par les cinq voix du motet de Lassus (1532-1594) qui clôt le concert.

 

Laon, BM, ms 243t, f° 240, XVe s.
Laon, BM, ms 243t, f° 240, XVe s.

 

Durant sa vie, Martin était célébré comme guérisseur. Après sa mort à Candes, de nombreux malades se rendent au tombeau du saint à Tours qui devient un lieu de pèlerinage très couru.

 

De nos jours encore, en écho à celui de Compostelle, un Chemin de Saint-Martin conduit les pèlerins de Hongrie à Candes, traversant l'Europe d'est en ouest, passant par Metz et Trèves.

 

Plus modestement, le pèlerin-randonneur peut parcourir le Chemin de l'Été de la Saint-Martin, en quatre jours, de Candes à Tours, en souvenir du dernier voyage de Martin.

 

Le jour de la mort du saint, à 81 ans, le 8 novembre 397 à Candes, aujourd'hui Candes-Saint-Martin, les moines de Ligugé présents réclamèrent son corps. Mais les moines tourangeaux déplacèrent la dépouille pendant la nuit en la faisant passer par la fenêtre de l'oratoire où elle était déposée, puis lui firent remonter la Loire sur un bateau funéraire illuminé jusqu'à Tours où elle arriva le 11 novembre. Selon la légende, les buissons se couvrirent de fleurs blanches à son passage, d'où l'expression « Été de la Saint-Martin » qui désigne ce temps de redoux aux portes de l'hiver.

 

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