Tempus quadragesimæ (1)

Blog Scola Metensis-Tempus quadragesimæ
Londres, BL, ms Royal 6 E VII, f°500, vers 1360

 

 

 

La Scola Metensis chantera le 30 mars prochain son nouveau programme Tempus quadragesimæ.

 

Ce sera le dernier concert de la Saison de Musique ancienne 2013-2014 à l'Arsenal de Metz, en l'église Saint-Pierre-aux-Nonnains.

 


Cliquez sur les images pour les agrandir.

 

La locution latine quadragesima dies signifie le quarantième jour, sous-entendu avant Pâques. Quadragesima, en notre langue, évolua de quaresima, quaresme, caresme pour donner carême.

 

Dès les débuts du christianisme, on se préparait à la célébration pascale par un jeûne. Le mot quadragesima finit par désigner l'ensemble des quarante jours de ce jeûne rituel. On trouve mention de la Grande Quarantaine pour la première fois en 325, dans les canons du Concile de Nicée, comme d'un usage déjà bien implanté.

 

Ce jeûne de quarante jours prend évidemment modèle sur celui du Christ qui « jeûna quarante jours et quarante nuits » dans le désert avant les trois épreuves du Tentateur (Matth. IV, 2).

 

Blog Scola Metensis-Sacramentaire de Drogon
Les Trois Tentations, Sacramentaire de Drogon, BnF, ms lat 9428, f°41r, vers 845

 

S'il commençait le quarantième jour avant Pâques, ce jeûne ne durait pas exactement quarante jours. À Rome, comme on ne jeûnait pas le dimanche, le jeûne effectif ne durait que trente-six jours.

 

Au VIIe siècle, on ajouta, pour compléter la période, les quatre jours qui précèdent le premier dimanche du carême (dies quadragesima). Ainsi, le jour que nous appelons aujourd'hui le Mercredi des Cendres est devenu le premier jour du jeûne préparatoire à Pâques, appelé caput ieiunii.

 

Blog Scola Metensis-écriture neumatique messine
Rubrique et antienne Exaudi nos, Laon, BM, ms 239, f°18v, fin du IXe s.

 

C'est au VIIe siècle également, comme en témoignent les lectionnaires romains, qu'on ajouta, avant le premier dimanche du carême, trois autres dimanches qui allongent la période de préparation pascale à 70 jours, symbolisant les 70 ans d'exil et de captivité du peuple hébreu à Babylone sous Nabuchodonosor II († 562 av. J-C).

 

Ces dimanches prirent les noms de Septuagésime, Sexagésime et Quinquagésime pour marquer le septantième, le soixantième et le cinquantième jour avant Pâques, même s'ils ne sont pas réellement séparés l'un de l'autre par un intervalle de dix jours mais de sept.

 

 

Ex more docti mystico

hymne

 

En ouverture de son Tempus quadragesimæ, la Scola Metensis chantera l'hymne Ex more docti mystico dont le texte est attribué au pape Grégoire le Grand (590-604) et qu'on trouve aux matines à partir du premier dimanche du carême.

 

Cette hymne apparaît dans les manuscrits dès le XIe siècle ; nous la proposons dans sa leçon messine, telle qu'elle est notée dans le Bréviaire, aujourd'hui disparu, de la cathédrale de Metz au XIIIe siècle. Cette hymne fait l'ouverture également, rappelons-le, de notre disque Chants des Trois Évêchés.

 

De ce même enregistrement la Scola reprendra le répons-graduel Angelis suis du premier dimanche de carême, au plus près possible de la version mélodique et rythmique qu'en donne le célèbre Graduel en écriture neumatique messine de la fin du IXe siècle, manuscrit 239 de la Bibliothèque de Laon.


C'est une mélodie qu'on ne trouve sur ce texte que dans un nombre très restreint de manuscrits et le musicologue Andreas Pfisterer, qui a travaillé sur le sujet, nous avait aimablement envoyé son tableau comparatif.

 

 

Angelis suis

répons-graduel

 

Dans le répertoire grégorien, seuls cinq autres répons-graduels reprennent ce « timbre » mélodique particulier, frappant par l'abondance des neumes ornementaux et des sons répercutés.

Blog Scola Metensis-Angelis suis

Le dimanche d'aujourd'hui, deuxième du carême, est particulier dans l'antique liturgie stationnale de Rome et aussi dans la liste des églises stationnales de Metz où l'évêque devait se rendre et « faire station » pour célébrer la messe.

 

Cette liste, peu spectaculaire mais précieux document qu'on peut dater d'avant 791, se trouve à la toute fin d'un évangéliaire réalisé en région messine et témoigne du nombre impressionnant de sanctuaires existant à Metz au VIIIe siècle.

 

Blog Scola Metensis-liste stationnale
BnF, ms lat 268, f°153r, VIIIe s.

 

Notre texte dit de ce dimanche qu'il est « vacant » :

 

DOMiniCa II In xlmo (= quadragesimo) vacat (...) 

 

On ne célébrait donc pas de messe stationnale, tout comme à Rome où, après le Samedi aux douze lectures (Sabbato in XII lectionibus, Sabb IN XII LECT sur notre manuscrit), les fidèles revenaient, fatigués de veiller et de jeûner, de la messe de grand matin à Saint-Pierre après les vigiles.

 

Mais l'évêque de Metz pouvait toutefois en célébrer une dans l'église de son choix.

 

(...) vel ubi pontifex tunc voluerit.

 

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Commentaires : 2
  • #1

    Jean-Christophe / Passée des arts (lundi, 17 mars 2014 08:00)

    Comme toujours, chère Scola Metensis, vous nous offrez un voyage passionnant dans une histoire qui est la nôtre et à laquelle notre époque qui va si vite peine à faire de la place.
    Outre les illustrations musicales dont vous savez tout le bien que j'en pense, je tiens, une nouvelle fois, à saluer la qualité de vos choix iconographiques et, en particulier, de la mise en valeur de ce joyau qu'est le Sacramentaire de Drogon, pour lequel je sais votre affection. Je reste toujours assez stupéfait par la capacité de l'artiste qui a été chargé de l'illustrer à parvenir à dire l'essentiel avec autant de vie dans un espace aussi restreint.

    Grand merci pour ce partage que j'ai pris tout le temps de savourer ce matin, alors que les brumes peinent à se dissiper au-dessus des toits de Tours.

    Que ce lundi et la semaine qu'il ouvre vous soient agréables, je vous embrasse bien affectueusement.

  • #2

    cegm-metz (mardi, 18 mars 2014 14:00)

    Oui, chère Passée des arts, la Scola remet sur le métier quelques pièces messines, et pas des moindres, de son dernier disque. Quant au Sacramentaire de Drogon, je n'ai certes pas fini d'en parler ici puisque, je peux le révéler à présent, le Musée de la Cour d'Or l'accueillera en ses murs durant la saison 2015-2016, avec les plus beaux ivoires et autres précieux manuscrits messins. Une saison qui coïncidera avec notre 40e anniversaire, les deux événements seront bien sûrs liés de la façon que vous imaginez :)

    Moult mercis à vous pour votre commentaire qui me réjouit fort et m'encourage et moult bises affectueuses pour votre semaine.