In Tempore adventus (2)

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BnF, NAL 1410, f°22r

 

 

 

Durant les sept derniers jours du Tempus adventus, à l'office de vêpres, on chante, pour le Magnificat, les sept antiphonæ maiores, grandes antiennes qui commencent chacune par l'interjection Ô et que les chantres grégoriens appellent les Grandes Ô.

 

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Ces antiennes célèbres ne sont pas sans rappeler la liturgie primitive juive qui comptait dix-huit chants commençant également par Ô, introduits au retour de la déportation à Babylone au VIe siècle av. J-C.

 

Dans les liturgies chrétiennes, l'origine de ces antiennes Ô est incertaine. Elles existaient avant le VIIe siècle : en 636, le concile de Tolède prescrit d'en chanter une chaque jour pendant l'octave de l'Annonciation qui se fêtait alors huit jours avant Noël.

 

Alcuin d'York († 804), grand lettré de la Cour de Charlemagne, en cite dix dans son recueil De laude Dei, vers 790.

 

Le chantre-liturgiste Amalaire de Metz († 850) en commente longuement huit dans son Liber de ordine antiphonarii (vers 830), au chapitre XIII : De antiphonis quæ in principio habent O. Pour lui, cet Ô est l'interjection de l'admiration : « O » interiectio est admirantis. Et c'est au cantor de faire comprendre, avec tout son art, que les mots qui suivent cet Ô participent de quelque vision merveilleuse, ad aliquam mirabilem visionem, invitant à la méditation, ad mentis ruminationem.

 

On trouve aussi huit antiphonæ maiores dans un des plus anciens manuscrits de la messe et de l'office, sans notation musicale : l'antiphonaire dit de Compiègne, composé vers 877 à l'École du Palais de Charles le Chauve.

 

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BnF, ms lat 17436, f°36r

 

Le graduel-antiphonaire dit du Mont-Renaud, du Xe siècle, un des plus anciens témoins avec notation musicale publié dans le volume XVI de la Paléographie musicale de Solesmes, donne également huit antiennes en Ô.

 

Remarquez qu'il manque des initiales, notamment pour la toute première antienne : O Sapientia.

 

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Antiphonaire du Mont-Renaud, f° 54

 

L'antiphonaire du moine Hartker de Saint-Gall (Suisse), copié au Xe siècle, note douze antiennes en Ô.

 

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Saint-Gall, Stiftsbibliothek, ms 390 f°40 et 41

 

Ces antiennes, très populaires à l'époque médiévale, sont toutes composées sur la même mélodie et le même schéma : une invocation au Christ inspirée par les Écritures, introduite par l'Ô (O Sapientia... O Emmanuel), suivie d'un court développement, puis une demande particulière commençant par Veni et se référant à l'invocation initiale (Veni ad docendum nos... Veni ad salvandum nos).

 

par la Scola Metensis.
Extrait du disque Quand le chant grégorien s'appelait chant messin.

 

 

On peut remarquer que ces antiennes sont notées les unes à la suite des autres dans les manuscrits alors qu'elles sont réparties sur toute une semaine, comme ici dans le graduel-antiphonaire de Saint-Maur-des-Fossés du XIe siècle...

 

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BnF, ms lat 12584 f° 225v et 226r

 

... ou dans l'antiphonaire de Saint-Denis, vers 1150.

 

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BnF, ms lat 17296 f°13v et 14r

par la Scola Metensis.
Extrait du disque Quand le chant grégorien s'appelait chant messin.

 

 

Veni, veni, Emmanuel, une ancienne hymne de l'Avent qui pourrait remonter au XIIe ou au XIIIe siècle et qui chante encore dans des bien des mémoires aujourd'hui, reprend cinq invocations des grandes Ô en y ajoutant un refrain (Gaude, gaude... ) et en plaçant la supplique Veni en incipit.

 

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On trouve pour la première fois l'intégralité de son texte latin dans le Psalteriolum Cantionum Catholicarum de Johannes Heringsdorf (1606-1665). L'hymne fut traduite en allemand et en anglais par la suite.

 

La mélodie reprend une partie de celle, à deux voix, du trope Bone Jesu, dulcis cunctis pour le répons des Défunts Libera me. Elle fut retrouvée par hasard en 1966 par la musicologue Mary Berry dans un processionnal du XVe siècle, à l'usage de nonnes franciscaines.

 

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Bnf, ms lat 10581, f°89v et 90r

 

Veni, veni, Emmanuel

plain-chant (extraits) et pièce pour chœur (1943) de Zoltán Kodály (1882-1967)

par la Scola Metensis.
Enregistrement public du 8 décembre 2013 à Briey (54).

 

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Commentaires : 4
  • #1

    GIULIANI (dimanche, 22 décembre 2013 11:46)

    Je me régale et m'instruis, mille mercis à vous.

  • #2

    cegm-metz (dimanche, 22 décembre 2013 11:58)

    C'est moi qui vous remercie, Simone Giuliani, pour votre visite ici et le commentaire déposé. Je me suis régalée aussi en cherchant les plus belles Ô dans les manuscrits :-)
    Belle fête à venir pour vous et vos proches.

  • #3

    Catherine de Looz (dimanche, 22 décembre 2013 22:20)

    Comme Simone Giulani: je fais ici
    provision de beauté. Merci

  • #4

    cegm-metz (dimanche, 22 décembre 2013 22:47)

    Bienvenue en ces lieux, Catherine de Looz, et merci d'y laisser ces quelques mots qui me touchent.